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Le philanthrocapitalisme : pour le meilleur ou pour le pire?

Atypic

25 août 2016

Articles de blogue

Le philanthrocapitalisme : pour le meilleur ou pour le pire?

Au Québec, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, on voit de plus en plus de gens fortunés mettre sur pied des fondations privées, ou décider de donner d’immenses sommes d’argent à des causes sociales, environnementales ou en santé. On n’a qu’à penser aux Zuckerberg de ce monde, ou bien, plus près de nous, à un ancien cracheur de feu devenu philanthrope.

Difficile d’être contre la vertu. Mais lorsqu’un millionnaire (ou même un milliardaire) vous choisit, c’est rarement sans conditions. Un don with strings attached, comme disent les anglophones, avec tout ce que ça implique comme changements dans la gestion des organismes. Pour le meilleur et pour le pire…

Le phénomène a déjà un nom. On parle ici de philantrocapitalisme, parce que ces femmes et hommes d’affaires qui ont réussi à faire autant d’argent dans le secteur privé ont décidé d’appliquer la même recette dans leur façon de gérer leurs dons.

Les premiers à avoir utilisé le terme pour expliquer l’application des principes du capitalisme au domaine caritatif sont Matthew Bishop et Michael Green, en 2008, avec leur livre « Philanthrocapitalism : How the Rich Can Save the World ».

Le phénomène, qui existait déjà bien avant 2008, prend un autre sens en 2010 lorsque Warren Buffett et Bill Gates lancent leur projet « Giving Pledge ». L’objectif de ces deux philanthropes, qui comptent aussi parmi les hommes d’affaires les plus puissants de la planète : convaincre les 400 personnes et familles les plus riches des États-Unis de donner au moins la moitié de leur fortune, de leur vivant ou après leur mort, pour une rondelette somme d’un peu plus de 600 milliards. À l’heure actuelle, plus de 150 familles ou individus se sont déjà engagés.

Au Québec, le phénomène s’observe chez des joueurs influents comme la Fondation Lucie et André Chagnon, la Fondation Marcelle et Jean Coutu, la Fondation Mirella et Lino Saputo, qui veulent de plus en plus investir dans des projets précis et avoir une implication au-delà de la seule contribution financière. Ces fondations sont prêtes à financer massivement les organismes qui mènent les projets, mais veulent voir leur rendement et être impliqués dans les décisions qui les concernent.

À l’heure du désengagement de l’État et des coupures dans les services publics, l’arrivée de ces méga-fortunes dans le paysage de la philantrophie est vue d’un bon œil par certains.

Toutefois, c’est l’influence idéologique de ces nouveaux philanthropes qui fait aussi craindre ceux qui conçoivent et mènent les projets.

  • Leur financement est important, mais souvent pour des projets précis (parfois créés sur mesure pour le bailleur de fond), ou à court terme, et non pour soutenir la mission qui, elle, assure la pérennité d’un ensemble de pratiques et de valeurs déterminées de façon collaborative par les membres.
  • Les principes et stratégies du milieu des affaires comme les rapports de performance ou les indicateurs comptables alourdissent le temps consacré aux demandes de financement et aux exigences de reddition de compte, ce qui peut limiter la capacité d’action des organismes.

En somme, le phénomène soulève plusieurs questions, jamais toutes noires ni toutes blanches, qui font souvent partie de nos discussions, ici chez Atypic.

  • Les organismes sont-ils bien outillés pour mesurer et analyser tous les indicateurs et les résultats exigés par ces nouveaux philanthropes?
  • Le temps consacré à ces rapports ou à développer des projets sur mesure ne nuit-il pas à leur mission première?
  • Pouvons-nous vraiment utiliser les mêmes indicateurs pour les secteurs privé et pluriel?
  • Est-ce que les fondations privées ou familiales et les grands donateurs individuels ont les connaissances nécessaires pour gérer des organismes communautaires?

On aimerait bien savoir ce que vous en pensez! Faites-nous part de vos commentaires!

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